
Fleurs de canneberge & son fruit en coupe
Carnet de bord d'un étudiant en choses et autres parti s'installer pour un an au Québec. A la carte : de la neige, des bleuets, des rongeurs.
Notre histoire littéraire fait bonne place au Tartuffe et à son affaire, fameuse s’il en est, où l’on vit – souvenez-vous – le propriétaire de la langue française brandir l’étendard de son œuvre contre les dévots qu’elle avait offensé.
La coercition cléricale, qui pèse sur l’histoire du Québec des origines à la Révolution Tranquille, a favorisé au milieu du XIXe siècle l’émergence d’un complexe de jurons rangés sous trois paradigmes : celui des personnages de la Bible, celui des concepts chrétiens et celui, plus connu, des objets du sanctuaire. On devine bien le soulagement que pouvait procurer, vis-à-vis de l'institution, l’emploi transgressif de ces mots, en même temps qu’on ne saurait y voir la naissance d’un athéisme : il faudra attendre le milieu du XXe siècle pour que la religion recule sensiblement. Les mots avaient donc double emploi, et sitôt passé le seuil de l’Eglise, le pratiquant québécois retrouvait toute sa déférence pour le tabernacle et l’hostie. Comment ? Sans doute parce que la fonction du sacre est purement expressive, non référentielle : on ne pense pas à la chips divine lorsqu’on lance un « hostie ! ». Mais dès lors où le mot retrouve sa fonction référentielle, il quitte le domaine profane et recouvre sa charge sacrée.
